Conditions de travail des AESH, les 1er résultats de la grande enquête nationale

L’enquête sur les conditions de travail des AESH initiée par la CGT Éduc’action avant l’été, livre ses premiers résultats qui confirment des pathologies physiques et mentales chez les personnels. Elles sont à mettre en relation avec une gestion de plus en plus complexe de certain·es élèves, la multiplication des accompagnements, l’absence de formation et de soutien de l’administration face à ces difficultés croissantes. Profil des répondant·es Sans surprise, une grande majorité de femmes (93%) entre 40 et 59 ans, 80% déclarent être en Cdi dont 1/3 ont entre 6 et plus de 10 ans d’ancienneté sur un temps incomplet (plus de la moitié est à 62%). Conditions d’exercice Le nombre d’élèves accompagné·es est en général de 3, mais pour plus d’1/3 ce sont entre 3 et 4 et pour 1/4 c’est + de 7 élèves!25% des AESH déclarent avoir plus de 30 minutes de trajet pour se rendre sur leur lieu de travail.La très grande majorité se dit bien intégrée au sein des équipes. Cependant encore 1/4 des AESH disent être tenu·es à l’écart, notamment pour les ESS. Ils et elles affirment manquer d’outils-supports, qu’ils soient numériques ou physiques, et regrettent de ne pas avoir une salle dédiée pour travailler. 1/4 des AESH révèlent qu’ils·elles doivent ENCORE justifier de l’utilisation de leurs heures connexes. Les difficultés rencontrées La gestion des élèves avec des profils complexes qui entrainent des conséquences importantes sur la santé physique, mais surtout mentale (troubles musculo squelettiques, mal au dos et état de stress). S’ajoutent des difficultés relationnelles avec les élèves mais aussi les enseignant·es, coordonnateur·trices PIAL, directeur·trices ou chef·fes d’établissement, qui pèsent sur le quotidien. Les arrêts maladie (pas forcement déclarés en accident de travail) sont en très grande majorité ( + de 80%) liés au travail. Le type de pathologies vont des TMS aux origines psychiques. La plupart des AESH ne connaissent pas le registre santé et sécurité (RSST) au travail ni leurs droits en termes d’accident de travail. Une Forte exposition aux risques psychosociaux Les témoignages font apparaître une pénibilité importante du métier, à la fois physique et psychologique. Les AESH décrivent des situations de violences subies particulièrement préoccupantes. Plusieurs dénoncent le manque de prise en compte des accidents du travail consécutifs aux morsures, coups ou gifles et demandent une véritable procédure de protection et d’accompagnement. C’est ainsi qu’ils et elles décrivent ce qui est à l’origine de la dégradation de leur état de santé : isolement face à certaines situations, manque de soutien, changement fréquent d’affectation, multiplication des élèves accompagné·es, notifications mutualisées à outrance avec des profils très différents et qui pour certains nécessiteraient des accompagnements individualisés, « saupoudrage » de l’accompagnement… Ces situations engendrent beaucoup de stress, voire des burn out conduisant à la démission ou au licenciement pour inaptitude. Un manque de reconnaissance Les mots et expressions employés sont particulièrement forts : « mépris, invisibilité, manque de considération, maltraitance institutionnelle, transparence, larbin, pion, couteau suisse, punching-ball…» Une urgence ? Un statut, un salaire… La question du salaire est le thème le plus récurrent, il doit passer par un statut et donc un métier rémunéré à la hauteur des qualifications avec une véritable progression de carrière. Pour les AESH, la CGT revendique
Un statut pour les AESH ? Nous sommes encore loin du compte !

La discussion sur la « fonctionnarisation » des AESH a déjà fait l’objet de 2 groupes de travail au ministère. Depuis le départ, la CGT Éduc’action dénonce un faux semblant cachant en réalité la création de « nouveaux métiers ». Ces derniers seront alors éligibles au futur statut comme ceux de coordonnateur∙trices PAS (avec la responsabilité de la gestion des collègues), ceux d’AESH référent∙es avec de nouvelles missions ou enfin ceux d’agent∙es d’accessibilité. Ce n’est donc absolument pas un plan de fonctionnarisation. Seulement quelques AESH (entre 10 et 20 %) seront trié∙es sur le volet pour assurer de nouveaux métiers. Ce scénario empreint de mensonge est inadmissible ! En guise d’introduction aux discussions, le ministère a présenté l’état de sa réflexion sur le temps de travail des personnels, considérant que la base horaire doit rester les 1607 heures annuelles. Pour le MEN, les pistes de réflexion sur le temps de travail pourraient intégrer : De la compensation vers l’accessibilité L’idéologie ministérielle est claire : pour faire face à l’augmentation du nombre d’élèves notifié·es, l’aide humaine, qualifiée « d’écran » possible, n’est plus la solution. On change ainsi de paradigme pour effacer progressivement la « compensation » (surtout celle humaine) pour mettre en place « l’accessibilité ». Pour la CGT Éduc’action, les 2 ne sont pas opposables, mais c’est surtout un alibi pour faire disparaitre les AESH qui restent un maillon essentiel de l’inclusion. D’autre part, pour le MEN, le temps de travail de ces futurs personnels ne peut se limiter aux 24h d’accompagnement et ne peut pas constituer un temps complet… Ce que nous réfutons. Il s’interroge aussi sur les mécanismes permettant de valoriser « les missions invisibles ». Il serait temps ! Sur la pénibilité Le ministère admet que la pénibilité est souvent associée aux nombres d’élèves accompagné·es MAIS insiste sur le fait qu’il peut y avoir beaucoup plus de souplesse des accompagnements. Le sous-entendu est que par des aménagements divers (matériel, groupement d’élèves …), le travail serait rendu beaucoup moins pénible. Les PAS vont d’ailleurs fortement contribuer à cet « objectif ». Pour nous, la pénibilité ne se réduit pas au nombre : il y a la question du handicap en lui-même, des conditions matérielles en classe, des déplacements et des changements d’affectation-emploi du temps, des relations avec la communauté éducative-familles, de la charge émotionnelle… La CGT Éduc’action exige un statut de fonctionnaire de catégorie B sur un temps complet 24H accompagnement élève avec une formation initiale au minimum et tout au long de la carrière.
Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS) : une généralisation imposée sans garanties pour les AESH

Après deux rejets par le Parlement, l’Exécutif poursuit le déploiement expérimental national des Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS), sans évaluation des expérimentations, ni concertation suffisante avec les personnels concernés. Au cours du mois de juillet, en pleines vacances scolaires, des AESH ont reçu sur leur messagerie professionnelle un avenant à leur contrat actant leur passage en PAS. Cette méthode soulève de fortes inquiétudes : informations insuffisantes-partielles-tardives, délais contraints, absence d’interlocuteur·rices disponibles et incertitudes sur les nouvelles conditions d’affectation. Les PAS pourraient conduire à des périmètres d’intervention élargis, à des changements d’affectation en cours d’année et à des déplacements supplémentaires, sans garanties suffisantes ni revalorisation salariale. Des personnels toujours précarisésÀ ce jour, aucune garantie claire n’est apportée sur les missions, les affectations ou les conditions de travail des AESH dans ce nouveau cadre. Cette absence de sécurisation intervient alors que leur rémunération demeure très proche du SMIC, y compris après plusieurs années de contrat. Une généralisation qui doit être suspendueNous demandons la suspension du déploiement généralisé des PAS tant qu’un bilan sérieux des expérimentations n’a pas été présenté et qu’une véritable concertation n’a pas été menée avec les AESH et leurs représentant·es. L’École inclusive ne peut être construite dans l’urgence, sans moyens humains suffisants et sans reconnaissance professionnelle des personnels qui la font vivre au quotidien. La multiplication des mesures méprisantes à l’égard des personnels pousse nombre d’entre eux à démissionner. D’autres refusent les avenants proposés, ce qui ouvre au licenciement et à l’indemnisation chômage. Les AESH doivent bénéficier de missions clairement définies, d’affectations sécurisées, de moyens adaptés, d’une revalorisation salariale et d’un véritable statut de la Fonction publique. Le ministère doit cesser les passages en force et donner à l’École inclusive les moyens de fonctionner réellement. Montreuil, le 4 septembre 2026
Le rejet des PAS doit interroger le gouvernement sur sa politique d’inclusion scolaire

COMMUNIQUÉ DE LA CGT ET DU SNUIPP Alors qu’ils·elles étudiaient une proposition de loi sur l’École inclusive le mois dernier, les député·es ont rejeté la généralisation des pôles d’appui à la scolarité (PAS), mesure soutenue par le ministère, confirmant ainsi leur vote en commission des affaires culturelles et d’éducation. Pour nos organisations syndicales, ce vote (ainsi que les motivations des député·es) soutient notre position et celle des personnels vis-à-vis des PAS. La mise en place des premières expérimentations s’est faite de façon unilatérale par le ministère, sans négociation ni prise en compte de nos oppositions. De même, aucun bilan objectivé sur les moyens et les effets n’a été rendu public (malgré nos demandes répétées). On a assisté, de la part du ministère et des pouvoirs publics, à une campagne de promotion s’apparentant à de l’auto-persuasion, chose soulignée par les député·es. Les PAS ne sont pas la solution miracle à l’École inclusive. Alors que les dispositions actuelles permettant la prise en charge des élèves en situation de handicap et les élèves en difficultés scolaires ne sont pas tout le temps lisibles pour les familles, ce dispositif va ajouter des difficultés (notamment dans l’accès à la MDPH pour les familles). Nous dénonçons également le fait que sans cadrage national, il offre beaucoup trop de latitude aux autorités académiques qui l’instaurent à leur guise, entraînant trop de dysfonctionnements (principalement dans la gestion des AESH). Dans les faits, et c’est particulièrement frappant pour la préparation de la rentrée 2026, le développement de 500 nouveaux PAS entraîne le transfert de moyens d’enseignement (des postes en classe) vers le pilotage de ces dispositifs. À l’heure de l’austérité dans l’Éducation nationale et du manque flagrant d’enseignant·es dans les écoles, cette extension à moyens constants est inquiétante pour le Service public d’éducation. Nous estimons également qu’ils constituent une véritable remise en cause des missions-champs d’intervention de certain·es professionnel·les de l’Éducation comme les RASED et les ERSEH. Ils vont également participer à maintenir l’amalgame entre handicap et difficultés scolaires. Nos organisations réaffirment la nécessité d’accueillir tous·tes les élèves à l’École, mais aussi le fait qu’ils·elles soient accompagné·es par des personnels formés et en nombre suffisant. C’est pourquoi nous demandons le recrutement et la formation de personnels RASED afin qu’ils soient complets sur l’ensemble du territoire et qu’ils puissent exercer de vraies missions de prévention et remédiation, sans être cantonnés à être des personnels ressources. Nous rappelons aussi que la politique ministérielle pour l’école inclusive n’est pas à la hauteur des enjeux et revendiquons des moyens et un soutien sans faille aux personnels travaillant quotidiennement à sa mise en œuvre. Nos organisations exigent, entre autres, l’arrêt de la généralisation des PAS, le retour à une politique de formation des enseignant·es spécialisé·es exigeante et la création d’un statut de fonctionnaire de catégorie B pour les AESH.
AESH : stop à la maltraitance, stop aux PAS, un statut, un vrai salaire pour tou-tes maintenant !

L’intersyndicale 93 est présente depuis lundi 1er juin au matin devant la DSDEN pouraccompagner les collègues AESH qui sont convoqué·es pour signer un avenant qui modifie le nombre d’établissements avec les PAS. Le constat est affligeant : les collègues sont reçues à la chaîne, quelques secondes seulement pour lire et signer l’avenant. Pour celles qui avaient des questions sur les conséquences des PAS et sur les nouvelles zonesgéographiques couvertes par le PAS on leur a dit « il faut scanner le QR code », en leur tendantun marque page aux couleurs de l’académie de Créteil. Quel mépris pour ces personnels qui sont déjà les plus précaires de la fonction publique ! Nous informons les collègues qu’elles ne sont pas obligées de signer l’avenant sur place et qu’elles ont un délai d’un mois de réflexion. Nous leur conseillons d’utiliser ce droit pour montrer à l’administration que les AESH refusent d’être maltraitées une fois de plus. Les PAS ont été rejetés par les parlementaires, le ministre maintient sa généralisation dans un déni de démocratie. Le ministère doit renoncer à la mise en place des PAS qui vont renforcer la précarité des personnels AESH et amenuiser les heures d’accompagnements proposées aux élèves en situation de handicap, alors que beaucoup d’élèves du département n’ont pas un accompagnement à la hauteur de leur notification. Nous refusons que les conditions de travail des AESH soient de nouveau dégradées. Le ministère de l’Education nationale a enfin ouvert des groupes de travail sur l’avenir des AESH. Cette ouverture est le résultat des mobilisations et des revendications portées depuis des années par les personnels et les organisations syndicales. Alors que les AESH représentent aujourd’hui le deuxième métier de l’éducation tous ministères confondus en nombre de personnels, le ministre envisage une « fonctionnarisation » limitée à seulement 10 à 20 % des AESH. Cette hypothèse ne correspond ni à la réalité des besoins, ni aux exigences d’une école réellement inclusive. L’accompagnement des élèves en situation de handicap est une mission essentielle, pérenne et indispensable du service public d’éducation. Il ne peut être assuré par des personnels maintenus dans la précarité, sous-payés et privés de véritables perspectives professionnelles.Continuons le combat pour un statut de fonctionnaire de catégorie B pour toutes les AESH et des conditions d’inclusion et de scolarisation dignes pour nos élèves. Des revendications qui font pleinement partie de notre demande d’un plan d’urgence pour l’éducation en Seine-Saint-Denis ! Nous appelons les AESH et les enseignant·es à se mettre en grève massivement le 9 juin et à manifester à Paris à 14h.
9 juin : AESH, un vrai métier, un vrai corps de fonctionnaire ! Toutes et tous mobilisé·es

Alors que les AESH représentent aujourd’hui le deuxième métier de l’Education, le ministre envisage une « fonctionnarisation » limitée à seulement 10 à 20 % des AESH. La CGT Educ’Action 93 dénonce ce seuil à minima, dont l’un des effets est d’exclure de fait les personnels de nationalité extra-communautaires. Cette hypothèse ne correspond ni à la réalité des besoins, ni aux exigences d’une école réellement inclusive. COMMUNIQUE INTERSYNDICAL Le ministère de l’Education nationale a enfin ouvert des groupes de travail sur l’avenir des AESH. Cette ouverture est le résultat des mobilisations et des revendications portées depuis des années par les personnels et les organisations syndicales. Mais dès ce premier groupe de travail, les limites fixées par le ministère sont apparues inacceptables. Alors que les AESH représentent aujourd’hui le deuxième métier de l’éducation tous ministères confondus en nombre de personnels, le ministre envisage une « fonctionnarisation » limitée à seulement 10 à 20 % des AESH. Cette hypothèse ne correspond ni à la réalité des besoins, ni aux exigences d’une école réellement inclusive. L’accompagnement des élèves en situation de handicap est une mission essentielle, pérenne et indispensable du service public d’éducation. Il ne peut être assuré par des personnels maintenus dans la précarité, sous-payés et privés de véritables perspectives professionnelles. Nous réaffirmons nos revendications : • la création immédiate d’un véritable corps de fonctionnaires de catégorie B pour toutes et tous les AESH ;• un temps complet sur la base des missions réelles exercées ;• une revalorisation salariale significative ;• a reconnaissance pleine et entière des qualifications et compétences professionnelles des AESH ;• une école pleinement inclusive donnant réellement les moyens de l’accompagnement des élèves en situation de handicap. Le prochain groupe de travail est annoncé pour le 17 juin. D’ici là, il est indispensable de faire entendre massivement les revendications des AESH.
AESH : syndicats et féministes dénoncent une précarité organisée
Tribune syndicale et féministe Égalité femmes/hommes et handicap, 2 grandes causes nationales : pourquoi alors les AESH sont-elles maintenues dans la précarité ? Depuis des années, les accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH) alertent sur leurs salaires indignes, leurs contrats précaires, leurs temps incomplets imposés, l’absencede reconnaissance de leur métier pourtant essentiel à l’école inclusive. Or, en bafouant le métier d’AESH et en méprisant celles et ceux qui l’exercent, le ministère maltraite par ricochet les élèves en situation de handicap. Derrière les discours sur l’inclusion, c’est une hypocrisie qui se joue : on nie les besoins réels des élèves et on ment aux familles sur les moyens réellement mis en œuvre. Une preuve de plus : Le 7 janvier, le Sénat a rejeté la proposition de loi, bien que modifiée dans son périmètre initial, visant à améliorer leurs conditions d’emploi. Pour nous syndicalistes et féministes, ce n’est pas un accident parlementaire, c’est un choix politique qui s’inscrit dans une longue histoire consistant à dévaloriser systématiquement les métiers féminisés. Car il faut le dire clairement : le métier d’AESH est féminisé à plus de 94 % (source panorama statistique des personnels MEN octobre 2025). Et comme tant d’autres métiers du soin, de l’accompagnement et de l’éducation, il concentre tous les marqueurs des inégalités professionnelles femmes-hommes : temps incomplets imposés, bas salaires, précarité contractuelle, absence de déroulé de carrière, invisibilisation du travail réel. Pourtant, l’inclusion du handicap et l’égalité femmes-hommes sont régulièrement brandies par les dirigeants politiques comme des « causes nationales » et des priorités. Mais que valent ces proclamations quand, dans les faits, celles et ceux qui rendent l’école inclusive possible vivent sous le seuil de pauvreté ? Quand un métier, très majoritairement féminisé, indispensable au service public d’éducation est maintenu dans une précarité organisée ? La proposition de loi du 7 janvier rejetée par les sénateurs proposait justement de sortir les AESH de la précarité en leur offrant un statut stable avec des droits renforcés (rémunération, carrière, protection statutaire). Votée, elle aurait permis d’ouvrir les discussions sur les contours du statut afin de reconnaître pleinement le rôle des personnels dans l’école inclusive et d’améliorer la qualité de l’accompagnement des élèves en situation de handicap.Le rejet de cette proposition de loi, accompagné de propos ministériels minimisant la portée de cette réforme ou renvoyant à de vagues ajustements futurs, envoie un signal glaçant auxAESH : leur travail et leur engagement ne mérite ni statut, ni salaire digne, ni reconnaissance. Ce mépris institutionnel contraste violemment avec les discours officiels sur l’égalité et l’inclusion.Ce que vivent les AESH n’est pas une exception malheureuse. C’est un système : le patriarcat. Dans la fonction publique comme ailleurs, les métiers très féminisés sont structurellement moins bien payés, moins reconnus, plus précaires. Non parce qu’ils seraient moins qualifiés ou moins complexes – c’est d’ailleurs tout l’inverse ; mais parce qu’ils sont historiquement pensés comme le prolongement de prétendues « qualités naturelles » féminines : patience, douceur, dévouement, empathie. Des qualités qu’on invoque pour exiger toujours plus… sans jamais les payer car elles ne sont pas considérées comme des compétences et donc comme du travail. L’histoire sociale et féministe le montre : des nourrices aux aides-soignantes, des agentes d’entretien aux assistantes maternelles, les femmes sont passées du travail gratuit au travail sous-payé. Les employeurs publics et les gouvernements du XXIᵉ siècle, en créant le métier d’AESH, s’inscrivent dans la droite ligne des choix opérés par ceux du XIX ème siècle concernant l’emploi des femmes : indispensables, mais relégués au second plan. Leur métier est essentiel, mais invisibilisé. Leur expertise est réelle, mais ni reconnue ni rémunérée à sa juste valeur. Leur précarité n’a rien d’une fatalité : elle résulte de choix budgétaires et politiques sexistes. Les employeurs publics et les gouvernements du XXIᵉ siècle, en créant le métier d’AESH sans droits ni statut à la hauteur des missions confiées, prolongent et actualisent la logiquedes métiers féminisés du XIXᵉ siècle : indispensables au fonctionnement du service public, mais délibérément maintenus dans l’invisibilité, la précarité et le sous-paiement. Face à cela, la mobilisation des AESH et de leurs collègues prend une ampleur inédite. Grèves, rassemblements, interpellations publiques : partout, la colère s’exprime. Cette mobilisation s’inscrit dans une histoire plus large des luttes de femmes pour lareconnaissance de leur travail, des femmes de chambre des Batignolles aux infirmières de la fin des années 1980. Ce combat dépasse la seule question des AESH. Il pose une question politique fondamentale : quelle valeur notre société accorde-t-elle au soin, à l’accompagnement, à l’éducation ? Tant que ces missions seront confiées majoritairement à des femmes, sous contrats précaires et à bas salaire, l’égalité restera un slogan vide. Revaloriser le métier d’AESH, créer un véritable statut, garantir un temps plein choisi, un salaire digne et des perspectives de carrière, ce n’est pas une faveur. C’est une exigence de justice sociale, d’égalité femmes-hommes et de cohérence politique. L’école inclusive ne peut pas reposer sur la précarité organisée de celles qui la font vivre au quotidien. Nous appelons donc les pouvoirs publics à sortir des discours et à prendre leurs responsabilités. Et nous appelons l’ensemble des organisations syndicales, associations féministes, collectifs de parents, personnels de l’éducation et citoyen·nes à soutenir la mobilisation des AESH. Parce que défendre les AESH, c’est défendre une école réellement inclusive. Et parce que lutter contre la précarité des métiers féminisés, c’est faire avancer l’égalité réelle. signé par : Sophie BINET secrétaire confédérale de la CGT,Alyssa AHRABARE présidente la ClefElisabeth ALLAIN-MORENO secrétaire générale du SE-UNSA,Ana AZARIA Co-présidente de Femmes ÉgalitéVirginie CASSAND, responsable nationale AESH FSUMarion CHEVALIER référente nationale AESH SE-UNSA,Caroline CHEVE secrétaire générale de la FSU,Marilyse LEON, secrétaire générale de la CFDTJulie FERRUA, co-déléguée générale de SolidairesAurélie GAGNIER, co-secrétaire générale de la FSU-SNUipp,Delphine GIRARD, mandatée AESH SUD EducationMurielle GUIBERT, co-déléguée générale de SolidairesÉlodie K’BIDI responsable nationale AESH SNALCNathalie LEGROS, responsable AESH CFDT Éducation Formation Recherche Publiques,Audrey MARINELLI AESH, membre du collectif national AESH de la CGT Educ’actionMarion MAURICE-JASSERON co-secrétaire SUD Education.Catherine NAVE-BEKHTI, secrétaire générale CFDTMarie-Hélène PIQUEMAL vice-présidente nationale du SNALC,Céline PIQUES Porte-parole Osez le féminisme !Suzy ROJTMAN, Porte-parole du Collectif National pour les Droits des Femmes (CNDF)Charlotte VANBESIEN secrétaire fédérale CGT FERC,Sophie VENETITAY secrétaire générale SNES-FSU,Isabelle VUILLET
31 mars : Journée sur l’Inclusion
La CGT Educ’Action 93 organise une journée de formation syndicale sur l’inclusion. Venez nombreux.ses pour échanger sur les conditions d’inclusion des élèves en situation de handicap et réfléchir à nos repères et nos revendications en matière de handicap. Pour vous inscrire, envoyez un mail à 93@cgteduccreteil.org avant le 26 mars.
Ouverture de négociations sur le statut des AESH : gagner nos revendications
Le mardi 27 janvier dernier, suite à sa demande, l’intersyndicale (CGT Éduc’action, FSU, SUD, SNALC, CFDT et UNSA) a enfin été reçue par les ministères de l’Éducation nationale et de l’Agriculture. Cette audience s’inscrit dans le cadre de la campagne lancée depuis mai 2025 pour l’accès à un corps de fonctionnaire de catégorie B pour les AESH. Si nos organisations ont été reçues c’est surtout grâce au combat mené depuis des années par ces personnels qui ont vu leurs conditions de travail se dégrader considérablement avec la mise en place des PIAL (fragmentation des emplois du temps, des lieux de travail, saupoudrage des accompagnements, gestion de profils d’élèves très complexes…), tous·tes étant maintenu·es dans desconditions salariales indignes du fait du temps incomplet imposé et d’une grille de salaire qui se tasse au fur et à mesure des années. Depuis des années, la CGT Éduc’action n’a eu de cesse d’alerter sur la situation de ces personnels précaires, d’appeler à des journées de mobilisation et de grève, d’être à l’initiative d’actions dans de nombreuses villes pour porter les justes revendications des AESH et plus largement celles des conditions de l’inclusion des élèves en situation de handicap. Par ailleurs, les propos récents du ministre évoquant un « quasi-statut » ont semé la colère de ces personnels (et à juste titre) car c’est bien un véritable corps de fonctionnaire de catégorie B que les collègues AESH doivent obtenir pour une réelle reconnaissance de leurs missions. C’est pourquoi, la campagne intersyndicale menée depuis mai 2026 a particulièrement insisté sur la précarité dans laquelle était maintenue ces personnels. D’ailleurs, ce combat dépasse largement les seul·es collègues AESH puisque la pétition lancée en ce sens a récolté plus de 101 000 signatures. Grâce à cette mobilisation des personnels, mais également à la pression des parlementaires et des familles, les deux ministères se disent aujourd’hui prêts à ouvrir des négociations autour de la question du statut. C’est la première fois qu’une telle annonce est faite. Suite à la Conférence Nationale du Handicap du 3 février, un calendrier de travail doit être proposé et des discussions sur l’impact d’un statut AESH seront menées avant, nous l’espérons, des annonces ministérielles à la prochaine CNH de juin prochain. Ceci n’est qu’une première étape et plein de points doivent encore être abordés (notamment la technicité et la pénibilité ou l’accès à ce corps), mais nousdevons maintenir la pression pour amener le gouvernement à céder.L’accès à un statut de fonctionnaire doit s’accompagner des revendications claires que la CGT Éduc’action porte depuis longtemps :– Un temps complet à 24H d’accompagnement– Une formation initiale et continue de qualité– Une stabilisation sur les lieux d’exercice n’excédant pas une ou deux écoles ou établissements– Une grille salariale de fonctionnaire de Catégorie B La CGT Éduc’action restera vigilante et combattive lors de ces groupes de travail. Il est temps que le ministère adresse un signal fort. Au-delà des paroles, il faut désormais des actes !
AESH, le statut c’est un dû
Le 7 janvier dernier, la droite sénatoriale, soutenue par le ministère, a fait le choix du mépris face aux exigences légitimes des 140 000 AESH de l’Éducation nationale, en refusant de voter pour le projet de loi sur leur statut. Encore une fois, on assiste à un « deux poids, deux mesures » : 10 milliards d’euros octroyés pour un porte-avion nucléaire mais maintien d’une austérité budgétaire structurelle pour l’École publique et maintien dans la précarité de certains personnels. Le Sénat et le ministre justifient ce rejet par leur volonté d’attendre les annonces d’E.Macron sur le sujet lors de la Convention nationale du Handicap de juin prochain. Pour la CGT Éduc’action, c’est inacceptable et elle exige que les organisations syndicales (à l’initiative d’une pétition pour le statut des AESH) soient reçues en urgence par le ministre, comme demandé dans un courrier resté sans réponse à ce jour.Des personnels indispensables mais toujours ignorés. En attendant, le ministère maintient sa politique de l’École inclusive inefficace et compte sur la généralisation des PAS (Pôle d’Appui à la Scolarité), mesure que nous dénonçons toujours, arguant que ce sera « une réponse globale ». En refusant hypocritement ce statut à des personnels qu’il juge pourtant « indispensables », le ministère les installe dans la plus grande précarité et poursuit sa logique comptable, évitant ainsi d’assumer le coût social et humain. La CGT Éduc’action rappelle que le métier d’AESH est bien indispensable, exigeant et difficile, mais aussi qu’il ne se résume pas à la seule présence auprès des élèves. L’autoformation, la recherche d’outils pédagogiques et la préparation des interventions font de ces personnels des agent·es pleinement impliqué·es dans leurs missions et non de simples indicateurs. C’est donc ce qui justifie leur exigence d’accéder à un statut de la Fonction publique catégorie B et d’un temps complet pour 24h d’accompagnement, seul élément de leur reconnaissance par leur employeur. Dans ces conditions, la CGT Éduc’action appelle à maintenir la pression sur les pouvoirs publics, appelle les personnels à s’organiser et à tout mettre en œuvre pour gagner le statut des AESH.Montreuil, le 15 janvier 2026